Pendant que les Européens sont en vacances, les Américains triment

Marie Cocco
Alternet
12 juillet 2007

Traduction française: Henri R.


Des vacances plus courtes, des semaines de travail plus longues et des congés de maladie insuffisants cumulent —  non pas avec une mobilité ascensionnelle, mais avec une main d’œuvre épuisée gagnant moins que les précédentes générations.


Si vous lisez ceci pendant vos vacances, grand bien vous fasse. Si vous lisez ceci au travail,après un retour de vacances récent ou un week-end de cinq jours combiné à la fête de l’Indépendance de la semaine passée, j’espère que ce congé fut aussi spectaculaire que les feux d’artifice.


Si vous n’avez aucun jour de congé avant les vacances de Noël, vous n’êtes pas le seul. Américains et vacances ne vont tout simplement pas ensemble.


Cela peut surprendre ceux qui viennent de passer des heures coincés dans des aéroports ou à faire la queue pour un tour de manège dans un parc d’attractions. Mais un quart des travailleurs américains n’ont pas de congés payés ou de jours fériés payés. Et en moyenne, ces travailleurs du secteur privé qui ont des congés payés n’ont droit qu’à neuf jours de vacances et six jours fériés payés chaque année, selon les statistiques gouvernementales analysées par le Centre pour la Recherche Économique et Politique.


Le groupe de réflexion de tendance libérale a analysé les politiques de congés et de jours fériés payés aux États-Unis et dans des nations au développement économique comparable — L’Union européenne, le Canada, le Japon, l’Australie et la Nouvelle- Zélande. Le portrait prévisible qui en ressort est que les États-Unis sont une nation de drogués du travail — un syndrome moins lié à l’archétype d’un cadre affairé qu’à la politique du gouvernement.


Dans le reste du monde industrialisé, un mois ou plus de congés payés est typique, et souvent exigé. Beaucoup d’Américains le savent. Et il y a des suppléments inégalables à cette surabondance de congés payés. Par exemple : en Autriche, les travailleurs qui ont un « dur travail de nuit » ont droit à deux ou trois jour supplémentaires de congés. De même, en Autriche — ainsi qu’en Suède et en Nouvelle-Zélande — les travailleurs sont en fait payés à un taux plus élevé quand ils sont en congés que quand ils sont au travail.


En France, les travailleurs obtiennent des jours de congés supplémentaires s’ils prennent quelques jours de congé en dehors de la saison estivale. En Norvège, les personnes de plus de 60 ans ont des jours de congés supplémentaires. Et bien sûr, vos vacances peuvent être fichues si vous tombez malade quand vous êtes parti. Ainsi, la Suède garantit que si un travailleur tombe malade alors qu’il est en congés, les jours de maladie ne sont pas comptés comme des jours de vacances.


Les politiques mesquines concernant les congés aux États-Unis marchent main  dans la main avec les heures de travail hebdomadaires qui dépassent celles de nombreux pays industrialisés. Et elles sont à mettre en parallèle avec les politiques de congés maladie et de congés familiaux insuffisants, qui n’offrent aucun filet de sécurité efficace à des millions d’Américains, lorsque frappent la maladie ou les imprévus. Près de la moitié des travailleurs du secteur privé — 57 millions de personnes — n’ont aucun congé maladie payé, selon la députée démocrate du Connecticut Rosa DeLauro, promotrice en chef d’une mesure qui réclame au moins quelques jours de congés maladie pour les employés qui travaillent plus de 30 heures par semaine. Le problème est particulièrement grave pour les travailleurs à bas salaire, dont plus des trois quarts ne sont pas payés quand ils sont malades.


En théorie, tout ce dur labeur est censé susciter une économie plus robuste qui, en retour, est le moteur d’une mobilité ascensionnelle plus grande que ce que l’on peut rencontrer dans les territoires soi-disant dorlotés de, disons, l’Union européenne. Mais dernièrement, ce ne fut pas le cas. Une étude bipartisane en cours portant sur la mobilité économique intergénérationnelle, et  menée conjointement par des chercheurs conservateurs et libéraux pour les Pew Charitable Trusts1, a découvert que le mythe de la mobilité américaine supérieure était… un mythe.


Les chercheurs du Projet sur la Mobilité Économique ont étudié la relation entre les revenus d’adultes et ceux de leurs parents, et ont découvert que les États-Unis se trouvaient maintenant derrière la France, l’Allemagne, la Suède, le Canada, la Finlande, la Norvège et le Danemark dans cette courbe de mobilité ascensionnelle. « Il y a peu de preuves disponibles selon lesquelles les États-Unis auraient une plus grande mobilité relative que d’autres nations développées », a annoncé le groupe en mai. « Si tant est qu’elles révèlent quelque chose, les données semblent plutôt suggérer le contraire. »


En comparant les revenus d’hommes américains trentenaires en 2004 à ceux d’hommes trentenaires en 1974, les chercheurs ont découvert que les hommes d’aujourd’hui gagnent en réalité 12% de moins, après inflation, que la génération de leurs pères. « Il n’y a eu aucun progrès pour la plus jeune génération », a annoncé le groupe. La famille américaine reste à flot parce que le revenu total a été gonflé par les salaires des femmes.


Ces statistiques sans fard devraient mener à des politiques économiques plus saines. L’Europe, le Canada et le reste du monde industrialisé se débrouillent très bien avec une assurance santé, des pensions, des congés maternité et des congés maladie garantis — sans parler d’un mois à la plage. Ici, chez nous, rien ne menace tant le rêve américain que la répugnance des politiques à abandonner les vieux schémas de pensée et exiger un changement vers une nouvelle période économique plus dure.



1. Trust à but non lucratif, bénéficiaire de sept fonds de solidarité indépendants établis entre 1948 et 1979 par deux fils et deux filles du fondateur de la Sun Oil Company, Joseph N. Pew et sa femme, Mary Anderson Pew.

http://www.pewtrusts.com/index.cfm

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